Billet d'Humeur

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Billet d'Humeur

Régulièrement, et suivant l'actualité, je pense vous faire part de mon humeur, bonne ou mauvaise. Vos pérégrinations estivales vont peut-être vous conduire dans notre belle ville du Puy en Velay. Lorsque vous arpenterez les ruelles de la cité ancienne je vous conseille d'avoir en tête le commentaire ci-dessous. Mais bonne promenade quand même...

Si vous flânez dans les rues de la cité ponote, près de la cathédrale, vous avez de grandes chances, surtout en cette saison estivale, de trouver de la dentelle. Mais vous avez également de grandes chances qu’elle ne soit pas un pur produit du terroir.

Elle est bien loin l’époque ou presque chaque famille française avait, sur la cheminée ou le buffet de la salle à manger ou bien encore le petit guéridon du salon, un napperon en dentelle du Puy.

C’était bien souvent une tante ou une cousine qui l’avait rapporté de son séjour dans notre région, un peu comme l’on se sent obligé de ramener du nougat de Montélimar ou des calissons d’Aix. L’on pouvait juger à la taille du dit napperon l’affection de cette tante ou cousine.

Le must du must était d’avoir deux ou trois napperons de tailles différentes mais aux motifs similaires. Et surtout, surtout, ne pas enlever la petite étiquette bleue qui garantissait son origine.

La plupart de ces napperons finissent leur vie, chiffonnés et poussiéreux, sur les stands des vide-grenier. Pourtant chaque été quelques boutiques ouvrent et proposent aux touristes un large choix de dentelles circulaires, ovales ou autres aux dessins essentiellement géométriques et très souvent à des prix raisonnables.

Nous avons donc enfilé notre panoplie de touriste pour partir à la recherche de renseignements sur la provenance de ces dentelles. Partant du simple constat qu’il n’y a plus aujourd’hui de production locale (hormis bien entendu celles de l’Atelier Conservatoire) d’où proviennent donc ces dizaines et dizaines de pièces de dentelle que l’on voit dans les vitrines de ces boutiques essentiellement installées montée de la cathédrale.

Dire que les langues ne se délient pas facilement sur le sujet est un doux euphémisme. Cependant nous avons obtenu des renseignements suffisants.

D’emblée l’on peut distinguer deux types de fabrication : la fabrication à la main et la fabrication sur métiers mécaniques ou autres techniques.

La réalisation manuelle doit être certifiée par une étiquette mais cela ne suffit pas à garantir sa provenance. Ces dentelles main sont donc des stocks réalisés dans les années glorieuses de la dentelle du Puy et elles alimentent aujourd’hui les commerces. Ou bien elles sont exécutées actuellement à l’étranger, notamment en Asie (on les reconnaît en général par des motifs particuliers, notamment des papillons- voir vignette- et le fait qu’elles utilisent plutôt du coton que le lin traditionnel) mais aussi plus récemment à Madagascar.

Quant aux dentelles mécaniques elles ne sont qu’une plate (sans relief) et pâle imitation et leurs prix ne laissent aucun doute sur leur provenance. Il existe également une autre dentelle, dite chimique (technique de broderie mécanique sur un support qui sera dissout) aux motifs très réalistes comme la vierge du Puy et de petite taille.

Il est certainement regrettable que tous les visiteurs de notre belle cité ne soient pas aussi bien informés lorsqu’ils choisissent une dentelle pour leur grand-tante ou cousine âgée, les rôles se sont inversés.